Je me suis fait avorter il y a deux mois. Depuis, mon désir pour les relations sexuelles a diminué de beaucoup. Pourtant, j’ai le goût. Mais quand vient le moment, j’en ai moins envie. Avant, je pouvais avoir jusqu’à 2-3 orgasmes pendant une relation et, maintenant, c’est à peine si j’en ai un. J’aimerais savoir si un jour je vais redevenir comme avant. Je n’ai pas peur de tomber enceinte à nouveau, car je prends la pilule et mon avortement a été un choix personnel. Je n’en ai aucun regret.
Un avortement est généralement un événement difficile dans la vie d’une femme, même s’il est un choix assumé. Il faut se rendre compte que l’avortement est un choix qui se fait en réaction à une grossesse non-planifiée. Sauf rare exception, la femme n’a pas fait exprès de tomber enceinte et si elle choisit l’interruption volontaire de grossesse, c’est parce qu’elle estime qu’elle n’est pas prête à assumer l’avenir d’un enfant, ce n’est pas pour le ‘’plaisir’’ d’expérimenter l’avortement.
Pour
bien des femmes, toutefois, le désir d’enfant est présent et même si
l’avortement est un choix qu’elles font face à une grossesse non-planifiée,
il reste qu’elles vivent un deuil face à l’enfant qui aurait pu naître,
les circonstances eussent été différentes. Dans certains cas, ce deuil se
fait d’une façon inconsciente, la femme ne se sentant pas prête ou capable
de faire face à cette douleur.
Elle pourra avoir l’impression de n’avoir aucun regret alors qu’un
sentiment de tristesse et de deuil non-assumé couve au fond d’elle.
Pour
d’autres femmes, le fait d’avoir eu à choisir l’avortement les confronte
dans leur identité féminine. Elle s’inquiètent quant à leur capacité éventuelle
d’être de bonnes mères lorsque viendra le temps, se disant qu’elles ne
doivent certainement ne pas l’être puisqu’elles sont capables
d’interrompre une maternité en devenir sans en ressentir, semble-t-il, de
regret évident.
Le
manque de désir et de plaisir peut être lié au deuil à faire et, ou, à des
questionnements quant à votre sentiment d’identité féminine. Néanmoins, il
peut aussi être lié à d’autre facteurs. Par exemple, bien que consciemment
vous savez que vous êtes protégée par la pilule, il est bien possible que,
inconsciemment, vous vous sentiez inquiète quant à la possibilité d’une
autre grossesse non-planifiée. Si c’est arrivé une fois alors que vous ne le
vouliez pas, votre inconscient raisonne-t-il, cela pourrait bien arriver une 2e
fois. Cette inquiétude pourra alors bloquer le désir et le plaisir sexuels
lorsque vient le temps de l’acte sexuel, puisqu’il vous sera bien plus
difficile de vous abandonner au moment présent.
Il
est aussi possible que, inconsciemment, vous vous sentiez coupable de n’avoir
pas su éviter une grossesse non-planifiée et l’avortement qui a suivi même
si, consciemment, vous vous dites que ce n’était pas votre faute et que
l’avortement était le meilleur choix à faire dans les circonstances.
Normalement,
le désir et le plaisir sexuels devraient graduellement revenir. Il faut prendre
le temps de faire son deuil, de dissoudre les sentiments de culpabilité qui
pourraient être inconsciemment présents, de se rassurer quant à son identité
féminine (avoir choisi l’avortement n’a aucun lien avec sa capacité de
materner ni, même, avec sa désirabilité sexuelle) et, finalement, de se
rassurer quant à l’efficacité du moyen contraceptif utilisé (ce qui devrait
se produire avec le temps qui passe sans nouvelle grossesse). Si, malgré le
temps qui passe, le désir ne revenait pas, il faudrait alors songer à
consulter en sexologie car la baisse de désir serait due à des causes plus
profondes qui demanderaient à être identifiées et travaillées.