Dépendance au ‘’chat’’

  Le ‘’chat’’ est un moyen intéressant pour établir des contacts avec des gens de par travers le monde et tout spécialement avec des gens qui ont les mêmes intérêts que nous. Pour la jeunesse gaie, le ‘’chat’’ peut servir de tremplin dans le processus d’appropriation de son identité sexuelle au travers de la découverte d’une communauté de gens qui vivent ou ont vécu les mêmes difficultés d’acceptation de leur orientation sexuelle. Le jeune homosexuel se rend compte, tout à coup, qu’il n’est pas seul et qu’au contraire, beaucoup de jeunes vivent les mêmes angoisses que lui. Cette communauté qu’il découvre grâce au ‘’chat’’ devient aussitôt une nouvelle famille. Il s’y sent accepté, compris, rassuré.

Malheureusement, plusieurs jeunes s’accrochent désespérément au ‘’chat’’ comme à une bouée de sauvetage et ils s’y investissent complètement, y passant tout le temps qu’ils sont capables d’y mettre et négligeant leurs autres activités. Ce faisant, ils envahissent le réseau de ‘’chat’’, s’y défoulent en proférant des grossièretés, en étant agressifs dans leurs propos et en tentant de monopoliser les conversations. Leur comportement leur vaut d’être bannis du réseau. Par réaction, ils deviennent alors encore plus hyperagressifs et harcelants, se défendent en affirmant que les autres n’ont pas compris ce qu’ils ont voulu dire et menacent de se suicider.

Comment le ‘’chat’’, qui se voulait un outil d’ouverture sur le monde, en est-il arrivé à éveiller autant de détresse ? Beaucoup de jeunes et d’adultes ont de la difficulté à établir des relations d’amitié avec des gens autour d’eux à la fois à cause d’un manque de confiance en soi et à cause de la peur de se dévoiler par peur subséquente du rejet. Chez le jeune homosexuel, cette difficulté est accrue par le fait qu’il se découvre différent de la majorité et que cette différence est source de mépris par la plupart de ses pairs, l’adolescence étant une période, s’il en est une, particulièrement homophobe. N’arrivant pas à établir de liens avec des jeunes à l’école ou au travail, et ressentant souvent la nécessité de s’éloigner des gens significatifs de sa famille par peur de leur réaction face à leur homosexualité, le jeune s’enfonce dans une solitude lourde à porter. La découverte du ‘’chat’’ suscite l’espoir de pouvoir enfin communiquer avec quelqu’un, de ne plus être seul, de ne plus se sentir rejeté.

Toutefois, le ‘’chat’’ ne peut offrir qu’une communication partielle. Il est possible de s’y dévoiler et de recevoir les secrets de l’autre mais, le plus souvent, il ne se crée aucun véritable attachement ou lien d’amitié se concrétisant dans le réel. L’autre reste inconnu quand bien même que l’on connaîtrait ses secrets les plus intimes. Ainsi, contrairement à ses attentes, les besoins de communication et d’appartenance du jeune n’arrivent pas à être comblés par le ‘’chat’’ et un sentiment de manque l’envahit, ce qui le pousse à espérer encore plus désespérément que le réseau en arrive à répondre éventuellement à ses besoins.

En outre, inquiet quant à sa valeur personnelle et quant à sa capacité de faire sa place dans le monde, frustré par le manque ressenti d’attention, d’acceptation et d’amour – ce que le jeune ne sait pas encore, c’est que pour ressentir l’amour des autres, il faut d’abord s’aimer soi-même, – il se sert de l’anonymat du ‘’chat’’ pour crier sa souffrance intérieure en proférant des stupidités destinées d’une part, à exorciser cette souffrance et, d’autre part, à lui prouver qu’il est digne d’être aimé car, malgré qu’il montre le pire de ce qu’il est, les gens vont l’accepter quand même.

Mais voilà que des gens tannés de sa présence agressante et envahissante, décident de lui fermer la porte. Pour le jeune qui croyait avoir enfin trouvé une famille et des amis l’acceptant tel qu’il est, le sentiment de rejet prend des proportions hors mesure. Il n’arrive pas à comprendre ce qui lui arrive, essaie de se l’expliquer (‘’ils n’ont pas compris ce que je voulais dire’’) et il se convainc que s’il n’arrive pas à y être à nouveau accepté, jamais personne ne l’acceptera (et donc, que ça ne vaut plus la peine de vivre).

Afin de se défaire de cette dépendance nocive au ‘’chat’’ et, surtout, de se sentir plus épanoui et heureux, il est nécessaire de se développer des réseaux d’amitié et de support en dehors du ‘’chat’’. Des réseaux dans lesquels il est possible, d’une part, d’apprendre à s’accepter tel que l’on est et à faire face à nos démons intérieurs afin de les conjurer et, d’autre part, de se rencontrer entre amis, de se partager nos joies et nos peines et de faire des activités ensemble. Ce n’est que là que les besoins d’estime de soi, de communication et d’appartenance pourront véritablement être comblés.

Évidemment, si ces jeunes se sont retrouvés pris au piège du ‘’chat’’ c’est, qu’au départ, il leur était difficile de faire les pas nécessaires pour se bâtir un réseau d’amis. Plusieurs auront donc besoin d’encouragement et, il faut le dire, de courage pour demander de l’aide et établir des contacts avec des amis réels. C’est là qu’un ami digne de confiance ou un intervenant d’un regroupement gai, d’un centre d’écoute anonyme ou du CLSC, par exemple, pourra les aider à prendre conscience des raisons derrière leurs difficultés et à apprendre, ensuite, à établir des liens beaucoup plus satisfaisants avec des gens réels.

Parmi les organismes qui peuvent venir en aide aux jeunes homosexuels en difficulté, en voici deux qui oeuvrent à Montréal. Ces deux organismes peuvent, de plus, servir de point de départ pour d’autres références à Montréal ou ailleurs au Québec.

·        Action Séro Zéro (514) 521-7778, www.sero-zero.qc.ca qui offre, entre autres, des rencontres individuelles de même que des ateliers de groupe sur des sujets tels que le coming out, la confiance en soi et les relations avec les autres.

·        Gai-Écoute (514) 866-7432, qui offre un service d’écoute, de même que des informations tous les soirs.

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