La féminité

(Chronique parue dans la revue Bonne Santé)

  Marie-Josée se torture constamment en se disant qu’elle devrait maigrir (130 lbs pour 5 pi. 4 po.), s’habiller plus souvent en robe et se maquiller à tous les jours. Elle a l’impression de manquer de féminité. Pourtant, avec un corps aux formes épanouies, sportive et pleine de vitalité, elle attire le regard masculin.

La féminité se définit en partie par la nature biologique de la femme mais elle se définit aussi beaucoup par la culture. Ce qui conduit parfois à des aberrations, comme nous le verrons bientôt...

Par ailleurs, la féminité se vit, au niveau inconscient, comme la capacité d’attirer le regard de l’homme -- d’être désirable sexuellement, en fait – de même que par le sentiment d’être capable d’avoir et de bien s’occuper des enfants (il n’est toutefois pas nécessaire d’en avoir pour se sentir féminine). Ce besoin de se sentir féminine en attirant le regard de l’homme pousse la femme à se comparer aux modèles de beauté et de féminité qu’elle rencontre autour d’elle. Le problème, dans nos cultures occidentales actuelles, c’est que les critères de beauté et de féminité vont à l’encontre de ce qu’est véritablement un corps de femme. Voici pourquoi. 

D’un point de vue biologique, la différence fondamentale entre l’homme et la femme se trouve dans le fait que le corps féminin a été conçu dans le but de porter et de nourrir les enfants. Ce qui implique des hanches suffisamment larges afin de porter l’enfant en gestation et de lui permettre de sortir le temps venu, de même que le développement de seins afin de nourrir l’enfant après sa naissance. En outre, développer et nourrir un enfant implique des réserves énergétiques suffisantes, ce qui explique que le corps féminin présente naturellement un pourcentage de graisse plus élevé que le corps masculin. Dans les faits, ce pourcentage de graisse se traduit par des rondeurs au niveau des seins, des hanches, des fesses et des cuisses.

La nature a pensé le corps féminin en termes de courbes et de rondeurs enveloppées. Par conséquent, la féminité devrait se définir, au niveau corporel, par la présence de ces courbes et rondeurs.

Malheureusement, la culture occidentale actuelle va complètement à l’encontre de cette féminité naturelle en imposant un modèle de corps féminin tellement maigre que la grande majorité des femmes (94%) n’arriveront jamais à atteindre à moins de perdre, justement, leur spécificité de femme, nommément, la capacité de porter un enfant. C’est que le modèle actuel de mannequin demande à la majorité des femmes de se sous-alimenter à un point tel que le corps, reconnaissant qu’il n’a plus les ressources nécessaires au développement d’un enfant, cessera les menstruations et, dans un même temps, diminuera le désir sexuel. Comment pourrait-on, alors, se sentir féminine – sinon que par quelque aberration culturelle -- puisque notre corps lui-même se reconnaît comme inapte à remplir ses fonctions féminines !

Ainsi, notre Marie-Josée a, par les normes de la nature, un corps tout à fait féminin et devrait pouvoir s’en réjouir. Par ailleurs, en tentant de maigrir, elle se cause du tort au niveau physique car elle essaie d’aller à l’encontre de sa forme naturelle. Mais elle se cause un tort encore plus grand au niveau psychologique car tout le temps où elle se compare avec la figure mannequin et tente de s’y approcher, elle vit l’échec et s’auto-critique comme manquant de volonté, perdant alors l’estime d’elle-même. Ce qui ne peut que nuire au niveau de son sentiment de féminité. Car, pour se sentir capable d’attirer le regard de l’autre, il faut pouvoir s’aimer et ressentir une bonne estime de soi. Cette recherche du corps mannequin est donc une cause du sentiment de manque de féminité que bien des femmes ressentent quand bien même elles sont belles et physiquement tout à fait féminines.

Afin de se sentir féminine, le plus important est donc de se sentir bien dans son corps, de l’aimer tel qu’elle est plutôt que de vouloir le changer à tout prix, puis de le mettre en valeur. En fait, la plupart d’entre nous avons certainement déjà rencontré des femmes bien en chair et pourtant très féminines dans leur façon d’être et de paraître. Quand bien même elles présentent un important surplus de poids, d’une part, elles savent mettre leur corps en valeur et, d’autre part, elles dégagent le plaisir de vivre et un sentiment de bien-être tels que nous ne pouvons que les trouver belles.

Pour certaines femmes, se mettre en valeur peut effectivement signifier de porter presque exclusivement des robes et de se maquiller régulièrement et il est vrai que, de façon générale, ces femmes paraîtront belles et féminines. Toutefois, il existe différentes façons de se mettre en valeur et, en tenant compte du fait que c’est d’abord ce que l’on dégage de confiance en soi et de plaisir de vivre qui nous rend attirantes, il n’est pas nécessaire de s’habiller en robe et de se maquiller si cela ne fait pas partie de nous. Certaines femmes paraissent effectivement très féminines en pantalons et sans maquillage puisqu’elles se sentent bien dans leur corps, dans leur sexualité et dans leur vie en général et que cela se sent.

Finalement, si on demande aux hommes ce qui les attirent physiquement chez les femmes, nombreux seront ceux qui répondront que c’est leur démarche bien plus que leur minceur, qu’en fait, les femmes trop maigres leur semblent malades. Ils affirmeront que les femmes les plus attirantes sont celles qui ont un vrai corps de femme (c’est à dire tout en courbes et rondeurs), qui sont bien dans leur peau et dégagent bien-être, vitalité et santé, et cela, tout en restant naturelles (c’est à dire peu ou pas du tout maquillées). Comme, par contre, d’autres hommes seront plus influencés par les normes culturelles et préféreront une femme en robe et maquillée, la conclusion à retirer de tout ça, c’est qu’afin d’être heureuse avec soi-même, il nous faut apprendre à simplement être soi-même.

Ce faisant, nous attirerons le genre d’homme qui apprécie le genre de femme que nous sommes, tout simplement, et nous n’aurons pas à nous battre continuellement contre nous-mêmes pour être autrement.

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