La fidélité

Depuis douze ans que nous sommes ensemble, mon ami a admis il y a quelques mois que, 4 à 5 fois par année, il allait dans des salons de massage. Quand nous reparlons de cette question, nous avons bien du mal à nous entendre sur la notion de fidélité. Je prétends que c'est une infidélité et il soutient que du moment qu'il n'y a pas d'amour dans ce genre de relation, alors il est quand même sérieux, honnête et tout et tout. J'ai bien du mal à comprendre et depuis quelques mois je me torture et m'empoisonne l'existence. Ai-je raison de lui en vouloir ou dois-je considérer sa visite à ces salons comme ma propre visite à mon chiro (pour mon mal de dos).
 

D’une certaine façon, vous avez tous les deux raison bien que votre compréhension de la situation soit différente.
 

Le concept de fidélité se définit différemment selon les cultures et les époques. Chacun y va donc de sa définition selon ce qu’il a reçu de son milieu culturel, selon sa propre compréhension de la sexualité et du couple ; selon ses propres besoins conscients et inconscients aussi. Même en tant que sexologue, je ne peux pas offrir ma propre définition de ce qu’est la fidélité et je ne peux pas non plus dire comment elle devrait être vécue sans y apporter mon propre biais.

Dans notre société actuelle, la fidélité est principalement comprise comme étant faite d’exclusivité sexuelle. Dans ce sens-là, vous vous ralliez sans doute à une majorité de gens. Toutefois, bon nombre de gens perçoivent la fidélité autrement, chacun y allant de sa propre compréhension. Certains, comme votre conjoint, considèrent qu’il est correct d’avoir des activités sexuelles avec d’autres personnes en autant que cela ne conduit pas à une relation affective, qu’il n’y ait pas d’amour d’impliqué ; les relations avec des masseuses ou des prostituées ne sont alors pas perçues comme étant des infidélités car il est clair que jamais la relation ne sera de nature affective avec elles. D’autres estiment que tant que la pénétration n’est pas impliquée, il n’y a pas infidélité (cela semble, entre autres, être souvent le cas chez les sado-masochistes ayant des partenaires en dehors du couple, et ce l’était aussi de Bill Clinton).

D’autres encore considèrent que la fidélité ne signifie aucunement l’exclusivité sexuelle ; elle implique d’abord et avant tout un engagement à nourrir le couple en tant que relation privilégiée. Si des relations d’amitié, impliquant des activités sexuelles, sont vécues par l’un ou/et l’autre membre du couple, ce n’est pas considéré comme de l’infidélité tant que rien n’est caché à l’autre partenaire, tant que la communication sur le vécu de chacun reste ouverte, claire et respectueuse des sentiments de chacun et tant que chacun prend responsabilité de ses propres sentiments. C’est souvent la base de l’échangisme, d’ailleurs.  

Maintenant, la compréhension que chacun se fait de la fidélité n’est pas seulement basée sur les apprentissages reçus, bien que ceux-ci peuvent grandement influencer. En fait, notre vision de la fidélité est souvent reliée aux anxiétés et aux besoins inconscients qui nous habitent.

Ainsi j’ai remarqué, en clinique, que souvent les gens ne voient pas nécessairement d’un mauvais œil l’idée d’avoir des activités sexuelles avec d’autres partenaires que le conjoint ou la conjointe, du moins au niveau imaginaire, alors que ce serait complètement inacceptable que de voir son conjoint ou sa conjointe faire de même. La raison en est que sachant ce qui se passe, on n’a pas à s’inquiéter, alors que lorsque c’est le ou la partenaire qui a des activités sexuelles avec d’autres, la crainte que notre partenaire préfère l’autre parce que cet autre fait mieux l’amour, qu’il est plus masculin ou féminine que nous. Cette crainte, évidemment, est reliée à un manque de confiance en soi à ce niveau. On se perçoit comme pas suffisamment performant, pas suffisamment désirable. Cette raison n’est pas la seule à soutenir la position de l’exclusivité sexuelle mais elle est, à mon avis, une raison importante.

 Parmi les raisons qui amènent certaines personnes à vouloir des relations sexuelles en dehors du couple, on peut fréquemment noter le besoin de se confirmer dans sa masculinité ou dans sa féminité ou, encore, de nourrir son monde fantasmatique de nouvelles expériences.

Certaines personnes arrivent très bien à vivre ces activités sexuelles extra-conjugales sans jamais rien modifier du sentiment amoureux et du lien privilégié au conjoint mais, d’autres, se retrouvent parfois pris dans celles-ci et vont voir leur désir diminuer pour le conjoint ou la conjointe, au point même d’amener une rupture. Probablement que ce qui fait la différence, c’est surtout la capacité qu’a chacun des deux conjoints de s’ouvrir, sans crainte et sans jugement, à son monde émotif intérieur et à celui de l’autre. Chacun des deux partenaires étant alors capable d’identifier ce qu’il vit, en prendre responsabilité et en parler à l’autre, la relation de couple reste alors une relation privilégiée et nourrie.

Suite à toutes ces réflexions, je ne peux évidemment pas vous dire comment résoudre le problème de définition de la fidélité qui existe au sein de votre couple. Je ne peux que vous inviter à en parler ensemble et à tenter de mieux comprendre les raisons – surtout les raisons émotives – qui vous amènent à avoir chacun votre point de vue afin qu’éventuellement, vous en arriviez à une entente satisfaisante pour vous deux.

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