La sexualité masculine
Nous avons vu la semaine passée combien il pouvait être difficile, pour bon nombre de femmes, de se sentir à l'aise avec leur désir sexuel lorsque celui-ci était plus basé sur la satisfaction d'un désir de plaisir sexuel que sur la satisfaction de leur besoin de rapprochement, d'engagement et d'intimité.
Toutefois, la sexualité n'est pas plus facile pour l'homme. Car, en même temps qu'on enseigne aux femmes à privilégier l'aspect amoureux et fusionnel de la sexualité et à en sous-apprécier l'aspect sexuel, on enseigne exactement le contraire aux hommes. Pour eux, c'est donc l'aspect sexuel qui est à privilégier alors que l'aspect amoureux et fusionnel doit être plus ou moins nié.
Ainsi, le jeune homme apprend que, s'il veut être ''un Homme, un Vrai,'' il lui faut être toujours prêt à la relation sexuelle. Il lui faut apprendre à approcher les femmes, à prendre l'initiative de faire les avances sexuelles, à voir au plaisir de sa partenaire, puis à s'occuper de son propre plaisir à lui. S'il veut éviter qu'un doute plane sur sa masculinité, il n'a donc pas d'autre choix que de penser sexe, planifier sexe, et performer sexuellement.
Les femmes elles-mêmes jouent le jeu, en exigeant inconsciemment de l’homme qu’il prenne la relation en charge, puisqu’elles ne peuvent pas le faire elles-mêmes sous peine d’avoir à admettre qu’elles ont elles-mêmes du désir sexuel. Elles le laisseront donc décider de quand, où et comment ils partageront des moments d’intimité sexuelle ensemble, tout en se réservant le droit de refuser ou de critiquer si cela ne fait pas leur affaire.
Pris dans ce rôle qu'on lui a assigné, l’homme devient donc celui qui est le plus susceptible de faire face au rejet, advenant une mauvaise évaluation du degré de désir sexuel de sa partenaire. Il est aussi celui qui est perçu comme le responsable de l'échec de la relation sexuelle, advenant une difficulté. Par conséquent, comme il se doit de réussir pour prouver qu’il est un homme, il se voit obligé de rester concentré dans l’action (ex., caresser sa partenaire parce qu’elle en a besoin) plutôt que dans le ressenti (ex., caresser sa partenaire parce qu’il éprouve de la tendresse pour elle) afin de pouvoir mieux contrôler ce qui se passe et d’éviter la ‘’gaffe’’.
Par ailleurs, beaucoup d’hommes auraient envie de s’ouvrir émotivement à leur partenaire, de se laisser aller à vivre l’aspect fusionnel avec elle. Mais ils ne peuvent se le permettre sans se voir, encore une fois, questionnés dans leur masculinité. D’une part, cela leur demanderait de ne plus être responsables du déroulement de la relation sexuelle puisqu’ils seraient dans le ressenti plutôt que dans l’action. D’autre part, cela les obligerait à admettre qu’ils sont différents de ce que la masculinité exige d’eux, puisqu’ils avoueraient ainsi leur besoin de partager des moments de tendresse et de vivre des moments fusionnels avec leur partenaire.
En somme, les hommes et les femmes ont tous deux appris à ne vivre qu’un aspect de la sexualité et à éviter l’autre. Ce qui fait, en bout de ligne, que ni l’un ni l’autre n’arrive à vivre pleinement sa sexualité, en même temps que chacun a l’impression que l’autre ne le comprend pas et ne répond pas à ses besoins pourtant légitimes.